Une fois par semaine, quelqu’un entre dans ma boîte mail avec une liste. « Est-ce que vous avez encore… » et suivent cinq ou six noms, parfois approximatifs, souvent accompagnés d’un détail très précis : la couleur du papier, le bruit que ça faisait, le prix en francs. Le plus souvent, sur cinq noms, trois existent encore.
Pourquoi on se souvient si bien des bonbons d’enfance
On a mangé ces bonbons-là à l’âge où l’on découvrait les goûts, avec une somme qu’on avait décidé de dépenser soi-même, souvent la première dépense libre d’une vie. On se souvient de cette liberté autant que du goût. J’ai raconté cette époque, la boîte près de la caisse et les bonbons à la pièce, dans les bonbons à un franc de la boulangerie.
Ça explique aussi que le goût retrouvé déçoive parfois. Souvent, c’est la bouche qui a changé, plus que la recette. Un palais d’adulte trouve écœurant ce qu’un palais d’enfant trouvait parfait, et l’acidité qui piquait délicieusement à huit ans paraît agressive à quarante.
Les bonbons rétro qui n’ont pas bougé
Le roudoudou est le cas le plus pur : un coquillage de plastique rempli de sucre cuit coloré, qu’on lèche jusqu’à se couper la langue sur les bords. Il se fabrique toujours de la même façon. Les soucoupes en pain azyme aussi : la fine coque qui fond dès qu’elle touche le palais, la poudre acidulée dedans, et la sensation étrange de manger du papier.
Le Zan tient depuis plus longtemps encore : c’est une pastille de réglisse du dix-neuvième siècle, qui a survécu à tout (j’en raconte l’histoire, avec celle du Carambar et du Malabar, dans ce texte sur les bonbons d’antan). Les Frizzy Pazzy pétillent toujours autant, pour la même raison chimique : du sucre cuit sous pression de gaz carbonique, qui relâche ses bulles au contact de la salive. Les billets de banque en chewing-gum sont toujours imprimés, et toujours du même rose.
Cinq références de cette liste, toujours fabriquées, toujours au rayon :
IncontournablePatrelle
IncontournableFrisiaBientôt disponibleSoucoupes en pain azyme Frisia
- Texture : pétillant
Contient : gluten
Acidité : ça pique, 4 sur 5
Bientôt
IncontournableHaribo
−10 %Frizzy Pazzy
BraboBillets de banque en papier bonbon Brabo
- Texture : gomme
- Végan
- Sans gluten
Acidité : à peine acidulé, 1 sur 5
Les bonbons des années 80 qui ont changé sans le dire
Les vraies déceptions viennent de là, et j’y vois trois causes. D’abord la taille : beaucoup de confiseries ont perdu quelques grammes au fil des années sans changer d’emballage. Sur un achat, on ne le remarque pas ; sur vingt ans de souvenir, si.
Il y a aussi la réglementation. Plusieurs colorants azoïques employés dans les années quatre-vingt ont dû être reformulés ou porter une mention d’avertissement, et certains arômes de synthèse ont été retirés. Un bonbon rouge de 1988 et le même aujourd’hui n’ont pas forcément le même rouge, ni tout à fait le même goût.
Enfin, les marques changent de main. Une marque rachetée change souvent d’usine, et l’usine a ses propres tolérances : sur le papier la recette est la même, en bouche la texture diffère.
Les bonbons qui ont vraiment disparu
Il y en a, mais la liste est plus courte qu’on ne croit. Ce qui disparaît vraiment, ce sont les confiseries dont le procédé était trop artisanal pour survivre à la mise aux normes d’un atelier, et celles qui tenaient à un seul fabricant parti à la retraite sans repreneur.
Quand on me demande l’impossible, je cherche un bonbon qui s’en approche en bouche, sans viser le sosie. Pour un sucre cuit d’enfance, la sucette marseillaise et le bateau calabrais font le même travail de mâchoire. Pour une pâte à mâcher, le Malabar reste la référence. Et le mélange à composer soi-même permet d’y mettre les souvenirs qui existent encore, puis d’offrir la boîte.
Trois voisins de goût, quand l’original n’existe plus :
Confiserie SICPlus que 20 sucettesSucette marseillaise Confiserie SIC
- Texture : croquant
- Végan
- Sans gluten
Acidité : à peine acidulé, 1 sur 5
IncontournableMalabar
Rendez-vousPlus que 11 boîtesCachou Rendez-vous Rendez-vous
- Texture : croquant
Contient : lait, gélatine
Acidité : zéro acidité, 0 sur 5
Comment retrouver un bonbon dont on ignore le nom
C’est la moitié des messages que je reçois sur ce sujet, et j’ai une méthode. Oubliez le nom et décrivez-moi quatre choses. La texture d’abord : dur, gélifié, poudre, mâché ou pétillant. Puis le format, à l’unité, en rouleau, en sachet ou à la pièce. Le contenant aussi, parce que c’est souvent de lui qu’on se souvient le mieux (un coquillage en plastique, une boîte à clapet, un tube, un bâton). Et enfin le lieu, boulangerie, kiosque, distributeur ou supermarché : chaque circuit avait ses références, et le lieu élimine à lui seul les trois quarts des possibilités.
Avec ces quatre éléments, je tombe juste la plupart du temps, et le filtre du rayon fait le même travail avec la texture, la famille, la couleur et le moment. Si vous séchez, écrivez-moi la description comme elle vous vient, avec le prix en francs si vous l’avez. C’est souvent ce détail-là qui tranche.
Vos questions
On nous demande souvent…
Quels bonbons des années 80 existent encore ?
Le roudoudou, les soucoupes en pain azyme, les pastilles Zan, les Malabars, les Frizzy Pazzy, les billets de banque en chewing-gum, le cachou et la sucette marseillaise sont toujours fabriqués et se trouvent au rayon rétro.
Pourquoi les bonbons de mon enfance ont-ils moins de goût ?
Trois raisons se cumulent : les formats ont souvent maigri, certains colorants et arômes ont été reformulés pour des raisons réglementaires, et un palais d’adulte ne perçoit ni le sucre ni l’acidité comme un palais d’enfant.
Peut-on offrir une boîte de bonbons rétro ?
Oui, et c’est la commande la plus fréquente pour un anniversaire rond. Le plus simple est de composer un mélange en choisissant les références une par une : chaque parfum part dans son propre sachet kraft étiqueté à son nom.
Les bonbons rétro sont-ils plus chers ?
Non. Ils sont vendus au prix du rayon comme le reste, et la livraison est offerte dès 49 €. Un bonbon en cours de fabrication n’est pas une pièce de collection.
Écrit par Aurélie Orsiniqui choisit, pèse et expédie vos sachets depuis le Relecq-Kerhuon.




